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La petite histoire d’un grand virage DEL au Groupe Robert


septembre 27, 2015
Par Eric Cloutier
Une zone d’un entrepôt frigorifique éclairé aux DEL depuis un an. La température dans ces entrepôts est maintenue entre -18 et -23 °C. Depuis plus d’un an

Depuis plus d’un an, Groupe Robert, un chef de file dans la chaîne d’approvisionnement en Amérique du Nord, a modernisé les systèmes d’éclairage de ses bâtiments situés çà et là dans différentes régions du Québec et de l’Ontario.

 

Des diodes électroluminescentes (DEL) et/ou des ampoules fluorescentes illuminent tantôt les espaces à bureau, tantôt les garages, cours extérieures et/ou centres de distribution frigorifiques et réfrigérés de ces immeubles, bien que cette réalité diffère d’un endroit à l’autre. Déjà reconnu, entre autres, pour avoir été un précurseur dans l’installation de jupes aérodynamiques sur les remorques de ses camions afin de réduire la consommation de carburant de ses équipements, pour son parc de tracteurs au gaz naturel liquéfié (GNL) et pour la mise en place de stations de ravitaillement au GNL dans plusieurs de ses installations, le transporteur et fournisseur de services logistiques – via ses centres de distribution – récolte aujourd’hui les fruits de ce grand virage dont on retrace ici la petite histoire.

Au début de la présente décennie, et plus précisément en 2011, lorsque l’entreprise présidée par Claude Robert et fondée à Rougemont en 1946 par son père Rosario (aujourd’hui décédé) s’est lancée dans un projet de modernisation des systèmes d’éclairage de ses bâtiments au Québec et d’un immeuble en Ontario, l’utilisation d’ampoules DEL dans des édifices commerciaux et industriels ne s’avérait pas encore monnaie courante. Groupe Robert utilisait principalement des lampes aux halogénures métalliques (metal halide) pour ses entrepôts frigorifiques, réfrigérés et de marchandises sèches, ainsi que plusieurs ampoules fluorescentes traditionnelles pour illuminer d’autres installations telles que ses bureaux et ses garages, ainsi qu’un certain nombre de lampes au sodium à haute pression dans quelques petits bâtiments ciblés.

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Si la compagnie, en raison de ses activités diversifiées dans le secteur du transport, connaissait fort bien la technologie DEL utilisée depuis longtemps par les grands manufacturiers de semi-remorques et d’autres équipements liés à l’industrie du transport, il en allait autrement de ses connaissances quant à un éventuel recours aux ampoules DEL à l’intérieur de ses immeubles et, en particulier, de ses entrepôts. Toutefois, étant donné qu’un projet d’une telle envergure constituait une première au Québec dans des édifices industriels et commerciaux dotés de centres de distribution dont la hauteur des plafonds atteint souvent 42 pieds et dont les allées entre chaque système de rayonnage sont étroites et hautes, Groupe Robert éprouvait beaucoup de difficultés à obtenir les informations dont il avait besoin pour prendre une décision éclairée.

C’est en effectuant différentes recherches et approches auprès de moult compagnies spécialisées dans ce genre de projets écoénergétiques que Groupe Robert a d’abord mandaté la firme C-nergie, de Sainte-Julie, pour entreprendre une étude afin de quantifier les économies d’énergie potentielles et le retour sur investissement dans la foulée d’un tel projet.

Les données recueillies à l’époque par C-nergie laissaient entrevoir 79 % d’économies annuelles sur la facture d’éclairage du Groupe Robert. Cette économie de 9 157 302 kWh équivaut à la consommation annuelle moyenne de 366 maisons unifamiliales, avec une période de retour sur investissement de 1,8 an.

«L’étude préliminaire démontrait vraiment un bon potentiel d’économie», affirme Nicolas Gélinas, directeur régional pour l’ouest du Québec chez C-nergie et chargé de projet dans ce dossier.

«Le problème cependant, c’est que l’éclairage aux DEL, en 2011, coûtait beaucoup plus cher qu’aujourd’hui. Comme ça représentait trois fois le coût d’un éclairage aux ampoules fluorescentes, on a d’abord fait des tests avec ces dernières pour voir si on pouvait obtenir de bons résultats en restant dans des coûts raisonnables», souligne Alexander Novak, directeur des achats corporatifs et de l’approvisionnement en ressources matérielles au Groupe Robert.

C-nergie s’est aussitôt mise à tester, entre autres, des lampes à ampoules fluorescentes T5HO, en particulier dans les entrepôts frigorifiques et réfrigérés du Groupe Robert, pour ensuite répéter le même genre de tests avec quelques lampes DEL. Les deux solutions ont été analysées et proposées par la firme, et cela en fonction de chaque milieu de travail. Cependant, les tests avec des ampoules fluorescentes n’ont pas donné les résultats escomptés dans chaque milieu.

«On a essayé au départ des ampoules fluorescentes de modèle T5 dans les entrepôts de produits congelés et ça ne fonctionnait pas. Le problème, c’était l’effet du froid sur les ampoules fluorescentes», explique Yvon Girard, directeur de l’entretien des propriétés et construction du Groupe Robert. 

«Les lampes fluorescentes, lorsqu’elles étaient exposées au froid, perdaient de l’efficacité. On a essayé d’installer ces lampes dans des luminaires très étanches pour garder la chaleur à l’intérieur de ceux-ci. Cependant, malgré cette mesure, ça restait trop exposé au froid dans le milieu de travail et ça ne correspondait pas au niveau d’éclairage dont la compagnie et ses employés avaient besoin», précise Nicolas Gélinas.

«L’autre problème, c’est que les luminaires qui enveloppaient les ampoules ne nous permettaient pas d’utiliser des capteurs de mouvement pour réduire la consommation de courant lorsqu’on voulait que l’éclairage s’éteigne et qu’il se rallume automatiquement plus tard. Non seulement les ampoules perdaient de leur efficacité à cause du froid lorsqu’elles étaient allumées et malgré les luminaires qui les enveloppaient, les capteurs de mouvement ne percevaient même pas le mouvement. Les ampoules prenaient beaucoup de temps à se rallumer. On perdait donc carrément la possibilité de les éteindre complètement pour économiser de l’énergie, par exemple, dans une zone de l’entrepôt qui devenait inoccupée aussitôt qu’un chariot élévateur, qui venait de passer, avait complètement quitté la zone», renchérit Alexandre Novak, en soulignant que quelques jours de tests ont été suffisants pour en arriver à cette conclusion.

«Par ailleurs, dans les entrepôts réfrigérés, on se servait d’un luminaire fermé pour monter la chaleur avec la lampe fluorescente. Cependant, quand on éteignait l’éclairage, on perdait la chaleur et le tube, lorsqu’il était redevenu réellement froid, n’éclairait pas», ajoute Nicolas Gélinas.

Les résultats de tests avec des lampes DEL se sont révélés nettement supérieurs, C-nergie ayant initialement pris le soin de démontrer les possibilités d’économies d’énergie et financières en effectuant des études photométriques et du mesurage.

Selon Nicolas Gélinas, la capacité de la technologie DEL à s’allumer instantanément dans des entrepôts congelés et maintenus à des températures variant entre -18 et -23 °C, combinée à la performance de luminaires spécifiquement conçus pour ce type d’entrepôts, ont permis au Groupe Robert de réaliser des économies importantes. M. Gélinas ajoute que les économies indirectes sur leur système de refroidissement des entrepôts réfrigérés et maintenus à 4 °C ont aussi été considérées. Dans ces conditions, la durée de vie des luminaires DEL est estimée à plus de 25 années.

Pour des raisons économiques, Groupe Robert – dont les installations de Boucherville totalisent 600 000 pi2 – a retenu la solution d’éclairage DEL pour ses 160 000 pi2 d’espaces frigorifiques et ses 100 000 pi2 d’entrepôts réfrigérés, ainsi que pour les systèmes d’éclairage de ses cours extérieures. Le fluorescent T5HO a été utilisé pour les autres secteurs comme les garages, quais d’expédition et entrepôts de produits secs. Dans les bureaux, plusieurs modèles de lampes fluorescentes T12 ont été remplacés par des T8 afin de diminuer de moitié la consommation énergétique dans ces locaux.

Le manufacturier Phillips a agi à titre de fournisseur de systèmes d’éclairage dont les mandats d’installation ont été confiés à trois entreprises en électricité œuvrant dans différentes régions du Québec.

Groupe Robert compte 3 300 employés et 40 centres de distribution et terminaux. Dans ses entrepôts congelés et réfrigérés de Boucherville seulement, Groupe Robert a commandé 700 luminaires DEL à Phillips pour remplacer 700 lampes aux halogénures métalliques. Dans ses locaux de 220 000 pi2 à Rougemont, elle n’a fait mettre des lampes DEL que dans sa cour extérieure, tandis que des lampes fluorescentes T5HO ont été installées à l’intérieur.

Ailleurs au Québec, la compagnie a apporté des modifications à l’éclairage de ses bureaux, garages et entrepôts de l’arrondissement Saint-Nicolas à Lévis, de son centre de distribution de Saint-Bruno-de-Montarville et de ses bureaux et garages de Trois-Rivières, Sherbrooke et Lac-Mégantic. Elle en a fait autant pour ses installations de Mississauga, en Ontario, en confiant un mandat de modernisation de son système d’éclairage de ses garages et bureaux à la firme ontarienne N//ergy.

Hydro-Québec a consenti au Groupe Robert une aide financière équivalant à 40 % du coût total du projet, par le biais de son programme «Bâtiments» qui offre un appui financier pour la mise en œuvre de mesures d’efficacité énergétique lors de la réalisation de projets dans tout type de bâtiments commercial, industriel ou institutionnel, et cela peu importe les technologies d’éclairage auxquelles a recours une compagnie ou autre organisation dans les installations qu’elle modernise.