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L’électricité sans fil dans les télécommunications de demain?


Le Web a profondément modifié la façon de partager de l’information et il en fera éventuellement autant avec le partage de l’hydroélectricité selon l’ingénieur électrique Martin Maier

Le 8 novembre 2011 dans un article publié sur le Webzine PlanèteINRS.ca, le magazine en ligne de l’Institut national de recherche scientifique (INRS) de Montréal, l’ingénieur électrique Martin Maier expliquait comment il entrevoyait les réseaux optiques de demain et de quelle manière sa vision pourrait entraîner des changements profonds dans la façon de communiquer et de distribuer l’information. Selon ce professeur et chercheur au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l’INRS, il en va de même également pour la distribution de l’énergie. En juillet 2013, M. Maier a fait état de propos similaires dans une entrevue qu’il accordait à la multinationale française Orange Business Marketing, via sa publication spécialisée Badim 2020.

D’origine allemande, M. Maier ne cache pas son intérêt pour la fibre optique. Il soutient que les fils de cuivre acheminant l’électricité laissent à désirer pour le transport d’information. «La bande passante et la vitesse y sont limitées, explique le professeur, sans compter que les fils s’oxydent et ont une durée de vie limitée. La fibre optique décuple les possibilités de transmission et surtout, elle est pratiquement inusable», mentionnait M. Maier, dans Webzine Planète.ca voilà plus de deux ans.

Martin Maier, dont la spécialité s’avère pourtant être davantage l’architecture des réseaux que la fibre, révélait en 2011 qu’il s’affairait à construire un nouvel Internet en fibre optique en compagnie d’autres spécialistes de partout dans le monde : un Internet nouveau et dans lequel le fil électrique ne sera plus nécessaire selon ce diplômé en génie électrique et informatique de la Technical University de Berlin.

Arrivé au Québec en 2005 après avoir été recruté par l’INRS, il fonde l’Optical Zeitgeist Laboratory, une infrastructure destinée à fournir un aperçu des technologies, des protocoles et des algorithmes qui formeront l’avenir des réseaux optiques. M. Maier travaille à démontrer qu’ils intégreront parfaitement la prochaine génération d’accès réseaux sans fil à large bande.

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Selon lui, il est actuellement possible de diviser le Web en deux parties : 1-le noyau et les accès à celui-ci. Le noyau est constitué de l’ensemble des grands serveurs de la planète via lesquels des informations sont échangées en quantité phénoménale et de façon continue; 2-les accès à ce noyau que sont les branchements reliant chaque utilisateur à cette masse de données. Martin Meier faisait remarquer, en 2011, que les communications dans le noyau bénéficient de la performance de la fibre optique, tandis que les connexions au noyau relèvent encore des fils de cuivre (câbles coaxiaux ou téléphoniques). Son rêve serait de voir la fibre optique se rendre directement à l’utilisateur.

«Dopé par la capacité de transmission des fibres optiques, c’est seulement à ce moment qu’Internet pourra déployer tout son potentiel», soutenait-il à l’époque.

Martin Maier affirmait qu’après le WiFi (abréviation de l’expression anglophone Wireless Fidelity), le FiWi (diminutif pour désigner l’expression Fiber-Wireless) verra éventuellement le jour et que la capacité des réseaux de fibre optique combinée avec l’ubiquité et la mobilité des réseaux sans fil ferait en sorte que les réseaux FiWi formeront une puissante plateforme.  Selon lui, les réseaux FiWi permettront le support et la création d’applications et de services émergents ou jamais vus auparavant, notamment la téléprésence qui doit permettre à l’utilisateur de voir, d’entendre et même de manipuler des objets à distance lors de vidéoconférences par exemple.

 «Le changement que le Web a apporté à notre façon de partager l’information, il va l’apporter aussi à notre façon de partager l’hydroélectricité», ajoutait encore l’ingénieur à la fin de 2011.

M. Maier mentionnait qu’à l’instar de l’avènement du Web qui a permis aux utilisateurs d’alimenter le réseau d’information horizontalement, c’est-à dire d’un utilisateur à un autre sans passer par les canaux traditionnels de transmission de l’information (télévision, radio, journaux), l’énergie électrique connaîtra le même genre d’évolution à long germe. En ce sens où les utilisateurs pourraient produire chacun un peu d’électricité grâce à l’énergie solaire, éolienne ou via des piles à combustibles et la réinjecter dans le réseau. Il soutenait qu’une fois stationnées et branchées sur le réseau d’électricité,  les voitures électriques rechargeables de demain feraient partie de ce réseau et qu’elles pourraient alors être utilisées à d’autres fins, comme celle de recharger un autre appareil.

 «Tout cela nécessitera un réseau intelligent. On l’appelle déjà la “Smart Grid“, la grille intelligente. Le couplage entre le réseau électrique et Internet sera très intime, et il permettra de tout analyser en continu. Le système prendra l’énergie où il y en a trop pour l’acheminer là où il y a une demande. Cet équilibre constant fera diminuer les pics et les creux de demande en électricité», renchérissait alors M. Maier.

En juillet 2013 dans Badim 2020,  le chercheur et ingénieur reprenait l’essentiel des propos susmentionnés.

«De façon similaire à l’évolution des réseaux d’accès à faible bande vers ceux à large bande, nous pourrions assister à une évolution des réseaux d’énergie à faible puissance vers les réseaux à forte puissance où la distance maximale est courte initialement, mais allant en augmentant par la suite. Cependant, au niveau de l’agrégation et du “long haul“, nous continuerons de compter  sur les lignes de transmission à haute tension qui existent actuellement dans les réseaux électriques. Il reste à voir ce que des acteurs clés tels que Power Matters Alliance (PMA) avec leur président Vincent G. Cerf – un des fondateurs d’Internet et évangéliste Internet en chef de Google – sont capables d’envisager pour éventuellement standardiser le domaine de l’alimentation intelligente sans fil et de la puissance 2.0», soulignait M. Maier

Il a ajouté cependant que les lignes à haute tension continueront à jouer un rôle essentiel en assurant un apport d’énergie nécessaire au fonctionnement d’Internet, et cela pour différents motifs.

«Premièrement, le segment de transport avec ses réseaux électriques est déjà plus près de la vision d’une “Smart Grid“ que ses homologues de distribution. Deuxièmement, dans certaines régions telles que le Québec, la majorité des barrages et des générateurs hydroélectriques sont situés dans le nord de la province, où des lignes de transmission à haute tension sont nécessaires pour transporter l’électricité générée à travers de longue distance jusqu’au sud de la province, où la majorité de la population québécoise vit. Des observations similaires sont aussi valables pour l’hydroélectricité en Norvège ainsi que ces projets de centrales thermiques solaires dans le désert telles que DESERTEC. Troisièmement, les fermes de serveurs et les centres de traitement de données n’ont pas disparu avec la prolifération du partage de fichiers de pair-à-pair et des contenus générés par les applications Web 2.0», précise l’ingénieur électrique.

«Typiquement, ces fermes de serveurs et centres de traitement de données peuvent se trouver à des endroits qui offrent certains avantages tels que la disponibilité de l’énergie à faibles coûts, et ne doivent pas nécessairement se trouver près des usagers qui se connectent à distance, par exemple, pour l’envoi et le téléchargement de données avec les serveurs de YouTube. Similairement, les micro-réseaux intelligents du futur, opérant en mode connecté/déconnecté, coexisteront avec les réseaux électriques de masse en échangeant de l’énergie bidirectionnellement, si besoin est», conclut-il.